Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 10:30

Etant enfant puis adolescent j'ai connu beaucoup de vétérans de la grande guerre et nombreux étaient ceux qui en étaient revenus infirmes...Le père Pennec qui habitait, avec sa famille, à l'entrée du quartier dit des " Maisons neuves " qui avait des moments de folie dus, disait-on, au cercle de fer qui lui tenait en place les os du crane car il avait été trépané à la guerre...le père Péron, près de la poste, le cycliste ( réparateur de vélos ) qui avait une jambe en bois ayant été amputé quelque part au front....Vincent Tanguy qui essayait de courir après les chenapans avec sa jambe raide depuis le bataille de Verdun et de nombreux autres dont j'ai gardé un souvenir très vague...

Je fréquentais beaucoup l'atelier de menuisier qu'Yvonic Miossec et son fils Paul avaient au bout de la rue et, quand d'autre anciens de cette guerre, dont son frère Soïd Miossec qui tenait un bistrot au bourg, venaient le voir, ils échangeaient leurs souvenirs, souvenirs d'anciens combattants pourrait-on dire...ils parlaient bien sur des tranchées, des obus et des fameuses " marmites ", ces obus de calibre énormes qui faisaient de terribles dégâts...chose curieuse, ils parlaient rarement des blessures et des morts...encore moins des gaz !

Lors des cérémonies patriotiques ils y assistaient tous et les gradés revêtaient leurs uniformes...un ancien colonel dont je ne me souviens plus du nom, portait son uniforme bleu horizon qui était impressionant...il habitait à Menez Sizun dans une belle petite villa pour l'époque...Quand aux veuves, telle Joséphine Direur notre voisine ou la tante de ma mère, Joséphine Nedelec, veuve Herrou, qui habitait Ker ar merrien, elles étaient restées seules après la mort de leurs maris bien qu'elles aient été très jeunes à cette époque, elle survivaient avec une maigre pension de veuves de guerre et les travaux des champs...elles étaient toujours vêtues de noir...

Ma mère perdit deux oncles, l'un à Verdun, l'autre au chemin des Dames...et la veuve de l'un d'entre eux refusa de ce remarier avec un frère de son mari...tous deux restèrent célibataires très longtemps...ces deux poilus moururent pour la France avant d'en connaitre la langue car on parlait seulement le Breton à Roudouderc'h... ce fut sans aucun doute le cas de beaucoup d'autres Bretons....

et ceci fut, sans aucun doute, le cas de beaucoup de provinciaux qui parlaient la langue ou le dialecte de leur région d'origine....c'est très probablement la raison principale qui a fait que leurs officiers étaient originaires de la même région que les troupes...

A Sizun, une unité de territoriaux, des soldats âgés ou dont l'état physique les rendait inaptes aux combats en première ligne, était stationnée à l'école Saint Vincent, une école de filles des Sœurs du Saint Esprit. Cette unité s'entraînait néanmoins au combat et avait creusé quelques tranchée dans une garenne à l'est du Moulin Neuf le Moulin Neuf, vers le village de Kergoloen...

Mon père, Yves Verveur, me raconta que du fait de la mobilisation des instituteurs on fit appel à des retraités et que lui et ses camarades eurent droit à un homme âgé particulièrement irascible qui, pour punir un élève, lui ordonna d'allonger ses mains sur sa table et, se saisissant d'une barre de fer, frappa...l'enfant eu, fort heureusement, le réflexe de retirer ses mains à temps car la barre marqua profondément le bois de la table...les gendarmes arrêtèrent immédiatement l'instituteur qui avait, parait-il, été recruté à l'asile...Mon père et son frère François Louis m'ont vent raconté le passage des soldats américains qui débarquaient à Brest et passaient par Sizun pour se diriger à l'est vers le front, ces soldats, peut-être du 6è régiment de Marines qui s'est couvert de gloire à la bataille du " Bois Belleau ", qui parlaient uniquement anglais, demandaient aux enfants d'aller leur acheter des " cakes ", à l' "Economie Bretonne " que tenait une Dame qu'on appelait " Marivonnig an économie " et que j'ai connu bien des année plus tard...Une autre histoire remarquable est la rencontre que l'on fit un jour, dans le bois du Moulin Neuf, au cours d'une promenade avec ma mère et une amie à elle, de cet homme portant une jupe...je me souviens de la peur de ma mère et de son amie...c'était seulement un camarade de la grande guerre écossais du Docteur Corre, le médecin de Sizun...mais à cette époque, je ne suis pas sûr que ces femmes avaient entendu parler de l'Ecosse...

Lors de toutes les cérémonies patriotiques, les anciens poilus revêtaient leurs uniformes, surtout les officiers...je me souviens d'un colonel, médecin il me semble, habitant Menez Sizun...tout cela était impressionnant pour le gamin que j'étais...

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de aventurier.over-blog.com
  • : Mon blog est le fruit d'une longue expérience à travers le monde dont je tiens à faire profiter les jeunes et moins jeunes
  • Contact

Recherche

Liens